Temps de lecture : 8 minutesConjoncture internationale
La reprise de l’économie mondiale s’est poursuivie au printemps 2010. Toutefois, il subsiste des différences considérables de dynamique conjoncturelle entre les régions du monde. La croissance est particulièrement forte dans de nombreux pays émergents asiatiques, où certaines politiques économiques visent déjà, notamment en Chine et en Inde, à prévenir les éventuels risques de surchauffe. Dans la zone OCDE, la reprise se poursuit à un rythme soutenu aux Etats-Unis et la croissance a sensiblement gagné en dynamisme au Japon. A l’inverse, la zone euro et la Grande-Bretagne sont à la traîne, avec des taux de croissance qui restent faibles à ce jour. A cela s’est greffé ces derniers mois le poids de la crise de l’endettement des Etats au sein de la zone euro.
Même si l’ampleur des répercussions de la crise de l’endettement public sur l’économie réelle est pour le moment toujours très incertaine, les perspectives conjoncturelles pour la zone euro restent mitigées. Il faut s’attendre à ce que de nombreux pays renforcent leurs mesures de réduction des déficits publics élevés (réduction des dépenses et/ou augmentation des impôts) au plus tard en 2011, afin d’éviter une nouvelle perte de confiance des marchés financiers dans la solidité des finances de l’Etat. Des mesures particulièrement drastiques devraient être prises dans les pays du sud de l’Europe soumis à une forte pression (la Grèce, mais aussi le Portugal et l’Espagne). Un changement de cap de la politique budgétaire s’annonce également dans d’autres pays, comme l’Allemagne, la France et l’Italie.
L’application d’une politique budgétaire restrictive dans presque tous les pays de la zone euro risque fort de peser sur la conjoncture, même si un changement crédible de politique budgétaire pourrait créer un élan de confiance sur les marchés financiers et atténuer ainsi les effets sur la demande. A l’inverse, la baisse de la valeur extérieure de l’euro devrait avoir une influence positive sur l’évolution des exportations de la zone. Alors qu’un affaiblissement supplémentaire de la demande intérieure semble inévitable pour certains pays, à commencer par la Grèce, voire le Portugal et l’Espagne, la zone euro devrait dans l’ensemble poursuivre sa timide reprise grâce à la croissance plus soutenue de pays comme l’Allemagne. Avec une croissance du PIB attendue à 1 % en 2010 et à 1,5 % en 2011, l’union monétaire devrait toutefois accuser en retard significatif par rapport à la conjoncture internationale.
Les perspectives ne sont pas non plus sans nuages pour les régions du monde à forte croissance, car la dynamique conjoncturelle pourrait s’essouffler l’année prochaine. Les effets stimulants des programmes conjoncturels devraient s’estomper aux Etats-Unis et au Japon, et la consommation privée et les investissements, dont on attend une reprise en demi-teinte, ne devraient pas être à même de compenser facilement la baisse des impulsions publiques. De nombreux pays émergents pourraient aussi avoir dépassé leur pic de croissance et connaître un léger ralentissement également.
Prévisions conjoncturelles pour la Suisse
En Suisse, l’évolution de la conjoncture en 2010 est jusqu’ici réjouissante. La croissance du PIB (par rapport au trimestre précédent) s’est certes ralentie (+0,4 %) au 1er trimestre 2010 suite au très bon dernier trimestre 2009 (+0,9 %). La dynamique conjoncturelle du début d’année 2010 peut toutefois être qualifiée de robuste. Récemment, la croissance est restée soutenue grâce à une reprise continue des exportations et à une consommation privée en augmentation. Les indicateurs conjoncturels les plus récents ne montrent pas de signe de ralentissement imminent. Le climat des affaires dans les entreprises s’est encore nettement amélioré en mai, tout comme le climat de consommation (en avril). L’évolution récente des chiffres d’affaires du commerce de détail a été également positive.
Malgré les bons indicateurs du moment, il faut néanmoins s’attendre à ce que les prévisions d’exportation soient progressivement affectées par la crise que traverse la zone euro, car la dynamique relativement faible de la conjoncture du principal marché d’écoulement de la Suisse (environ 60 % des exportations de biens se font vers la zone euro) risque de freiner la croissance des exportations suisses. L’appréciation du franc suisse par rapport à l’euro pourrait de plus avoir une influence négative (dégradation de la compétitivité-prix en raison du taux de change). Parler d’un franc extraordinairement fort, en termes réels, semble toutefois encore prématuré.
Ainsi, malgré l’appréciation des derniers mois, le taux de change réel du franc suisse par rapport à l’euro (soit l’évolution nominale du taux corrigée des différences d’inflation des prix à la consommation) n’a pas atteint un niveau supérieur à la moyenne en comparaison pluriannuelle, c’est-à-dire depuis l’introduction de la monnaie européenne en 1999 (elle est p. ex. légèrement en-deçà des niveaux de 2002-2003). Il faut par ailleurs tenir compte de la dépréciation du franc depuis début 2010 par rapport à d’autres devises importantes (dollar américain, yen japonais). En tenant compte de l’évolution récente des taux de change, la croissance des exportations devrait à l’avenir ralentir, sans être toutefois compromise.
Tout bien considéré, le groupe d’experts confirme pour l’essentiel le scénario d’une lente reprise de l’économie suisse jusqu’à fin 2011, avec une légère modification des perspectives de croissance pour 2010 et 2011. Alors que les prévisions pour 2010 sont estimées comme légèrement meilleures que les précédentes, en raison d’indicateurs conjoncturels jusqu’ici très positifs, les risques liés à l’économie extérieure pour l’année à venir se sont à l’inverse accrus. Le groupe d’experts relève ainsi légèrement les perspectives de croissance du PIB pour 2010 à 1,8 % (contre 1,4 % jusqu’ici), mais les revoit légèrement à la baisse pour 2011 (1,6 % contre 2 %).
En matière de demande intérieure, le groupe d’experts continue de tabler sur une évolution solide, mais en léger ralentissement. Pour les investissements dans la construction, après l’essor de ces dernières années, un ralentissement se dessine de plus en plus, même si les impulsions apportées par les constructions publiques devraient cette année encore apporter un soutien à l’ensemble du secteur. Pour les investissements des entreprises en biens d’équipement, il faut s’attendre à une poursuite de la reprise, à un rythme qui pourrait toutefois être ralenti en raison de l’exploitation toujours faible des capacités de production dans de nombreuses branches. La consommation privée, qui s’est montrée jusqu’ici très robuste en 2010, malgré de faibles augmentations des salaires réels, devrait continuer à livrer des impulsions positives à la croissance.
Sur le marché du travail, les signes d’un changement positif se sont renforcés ces derniers mois. Les prévisions concernant l’activité des entreprises sont meilleures et le taux de chômage (corrigé des variations saisonnières) a légèrement reculé, de 4,1 % début 2010 à tout juste 4% à la fin mai. D’après l’estimation du groupe d’experts, la reprise va se poursuivre sur le marché du travail mais à un rythme toutefois plutôt lent. Après le recul relativement modéré de l’emploi lors de la récente récession, les effectifs devraient rester élevés dans de nombreuses entreprises (en termes relatifs, par rapport à la faible utilisation des capacités). Cette situation pourrait freiner l’embauche. Par conséquent, le groupe d’experts table seulement sur un lent recul du taux de chômage, à 3,9 % en 2010 et 3,7 % en 2011.
Le risque d’inflation devrait rester faible. Depuis début 2010, le renchérissement s’est inscrit légèrement à la hausse, mais exclusivement en raison des effets temporaires liés à l’évolution du prix du pétrole. Rien ne laisse présager une accélération des tendances inflationnistes sur l’horizon de la prévision. Selon le groupe d’experts, le renchérissement sera faible en 2010 (+1,1 %) comme en 2011 (+0,8 %).
Risques conjoncturels
Les différentes conséquences de la crise financière mondiale de l’automne 2008 se font encore ressentir. La reprise de l’économie mondiale repose essentiellement sur les impulsions de politiques monétaires et budgétaires fortement expansives, qui ne peuvent toutefois pas se prolonger indéfiniment. Le potentiel de crise qui réside dans le déséquilibre des finances publiques s’est déjà manifesté dans la zone euro et les problèmes fondamentaux de financement que connaissent les pays concernés ne sont pas encore résolus, malgré des mesures de sauvetage (trains de mesures de l’UE et du FMI). En outre, la question de la dette publique ne se pose pas qu’au sein de la zone euro: elle touche aussi notamment le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Japon.
Dans ce contexte, de nouvelles turbulences sur les marchés financiers représentent un risque latent, et ce d’autant plus que la situation de nombreuses institutions financières devrait rester tendue pendant encore longtemps. Dans de nombreux pays, la normalisation de la politique monétaire extrêmement expansive pourrait traîner en longueur en raison des évolutions de ces derniers mois, à savoir un accroissement des risques pour la conjoncture et les marchés financiers. Les retards pourraient soutenir d’une part la conjoncture grâce à des taux durablement bas, mais comporterait d’autre part la menace de nouveaux déséquilibres, comme un approvisionnement excessif des marchés financiers en liquidités, portant le risque de nouvelles bulles spéculatives dans certains pays. Indépendamment de ces risques d’ordre général pour l’économie mondiale, le risque conjoncturel majeur pour la Suisse réside toujours dans une appréciation brutale et forte du franc par rapport à l’euro (fuite dans le franc comme valeur refuge).
Face à ces risques négatifs, on doit considérer parallèlement la possibilité d’une évolution de la conjoncture qui dépasserait les attentes, comme cela a déjà été le cas pour la reprise en cours, depuis la moitié de l’année 2009. Etant donné la vitalité jusqu’ici constante des indicateurs conjoncturels en Suisse, il n’est pas exclu d’être positivement surpris par la croissance dans les trimestres à venir. Il convient aussi de mentionner qu’après une année 2009 marquée par une forte récession, dans plusieurs pays, il existe un important potentiel de « rattrapage conjoncturel ». Dans une phase de reprise « normale » de la conjoncture, c’est-à-dire en l’absence de reliquats d’une crise financière mondiale, on pourrait observer des taux de croissance du PIB bien plus élevés que ceux qui sont prévus (jusqu’au retour à des taux d’utilisation moyens ou usuels des capacités de production).
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Source : SECO, communiqué de presse