Temps de lecture : 7 minutesConsidérée sur toutes les branches, l'économie suisse affichera une croissance de 0,6% en 2010. Dans leur Manuel des branches, les économistes du Credit Suisse examinent en outre les séquelles laissées par la crise. Les faillites et le chômage continueront d'augmenter en 2010, rappelant ainsi la récession, terminée depuis peu selon la définition officielle. Par ailleurs, les experts du Credit Suisse analysent, à l'aide de leur propre modèle d'évaluation, les perspectives des branches à moyen terme. Les branches axées sur l'exportation et la technologie devraient connaître une évolution particulièrement dynamique au cours des années à venir.
2009 a été l'année économique la plus mouvementée depuis la crise pétrolière de 1973. Aucune branche ou presque n'a pu se soustraire à la récession. Dans le sillage de la crise financière et économique mondiale, les commandes et, en conséquence, les chiffres d'affaires ont fortement chuté, entraînant la fonte des liquidités et des réserves de travail des entreprises. Au sein de la plupart des branches, il y a eu des licenciements, voire des faillites. Dans le cadre d'un thème spécial, le Manuel des branches de cette année examine les différentes répercussions des faillites et du chômage sur les branches. Le creux de la vague conjoncturelle a certes été franchi, mais le redressement se produira avec une intensité et un rythme différents dans les diverses branches de l'économie suisse. Cette disparité est accentuée par les forces et les faiblesses structurelles des branches.
En 2010, les branches orientées à l'exportation profiteront des impulsions des marchés émergents
De même que la récession a été en grande partie importée, les moteurs de l'essor seront essentiellement à l'étranger. Pour les exportations, les économistes du Credit Suisse tablent pour 2010 sur une croissance de 5%. Cette augmentation devrait être imputable en grande partie aux pays émergents, bien moins touchés par la crise financière et économique, comme la Chine, l'Inde et le Brésil. Chez les partenaires traditionnels du commerce extérieur, par contre, l'embellie conjoncturelle reste empreinte de fortes incertitudes. Dans l'ensemble, ce sont avant tout les industries de sous-traitance orientées à l'exportation qui profiteront du redressement de l'économie mondiale, c'est-à- dire, outre les producteurs de produits chimiques, les fabricants de métaux, de matières plastiques ou de produits papier. Côté tertiaire, les prestataires de services aux entreprises et l'informatique devraient être les premiers à se remettre de la crise. Au vu des solides perspectives de revenu sur les marchés émergents, les chances sont bonnes pour les prestataires financiers mais, compte tenu des discussions menées actuellement au sujet de la régulation des marchés financiers, elles sont grevées d'incertitudes.
L'essor passe à côté des branches orientées vers le marché intérieur
La consommation privée devrait poursuivre sa croissance en Suisse, mais à un rythme beaucoup moins soutenu qu'en 2009 en raison de l'augmentation persistante du chômage, ce qui devrait engendrer de légères baisses des chiffres d'affaires du commerce de détail en 2010. Les fabricants de biens de consommation orientés vers le marché intérieur, l'hôtellerie-restauration et le secteur automobile souffriront également du marasme de la consommation. La croissance des dépenses de l'Etat sera moins prononcée qu'en 2009. En raison des signes de faiblesse que présente le bâtiment et de l'affaiblissement de la dynamique dans le génie civil, des surcapacités menacent le secteur de la construction.
Un quart de faillites en plus en 2009 – tendance persistante pour 2010
En 2009, la récession a fait grimper les faillites à des niveaux vertigineux. Avec bien plus de 5000 faillites d'entreprises au total, le record de 2004 devrait être dépassé. Toutefois, si l'on considère les faillites au niveau des branches, on constate que ces dernières ont été très différemment touchées. Les entreprises industrielles, les conseillers d'entreprises ou le commerce de gros ont affiché un volume de faillites particulièrement élevé. Les sociétés de holding et d'investissement, qui comptent parmi les prestataires financiers, ont été particulièrement touchées: en deux ans, le nombre de faillites recensé dans la branche a presque triplé. Pour des raisons structurelles, les faillites se sont également multipliées dans les branches axées sur le marché intérieur, comme la construction ou la gastronomie, et ce même en période de boom; mais les répercussions directes de la crise sont plus faibles. Un taux de faillite élevé n'indique toutefois pas nécessairement une crise structurelle de la branche; il peut aussi, pour un nombre simultanément important de nouvelles fondations, être l'expression d'une dynamique élevée et pas forcément négative. Les économistes du Credit Suisse s'attendent à une nouvelle hausse des faillites en 2010, mais à un rythme beaucoup plus lent qu'en 2009.
Nouvelle augmentation du chômage dans l'industrie des machines pour 2010
Pour recenser plus précisément le taux de chômage au niveau des branches, les économistes du Credit Suisse ont complété les statistiques officielles par leurs propres estimations du nombre d'actifs. Il s'avère que l'industrie horlogère, qui affiche un taux de chômage de plus de 10%, a été particulièrement touchée par la récession. L'industrie des métaux et des machines, frappée par la chute des exportations, a également recensé une forte augmentation du chômage. Dans le secteur de la santé, en revanche, le taux n'a pas dépassé les 2%. En 2010, lorsque le chômage technique prendra fin, de nombreuses entreprises seront contraintes de licencier, de sorte que le taux de chômage continuera d'augmenter pour atteindre une moyenne annuelle de plus de 5%. L'industrie des machines sera encore rudement touchée.
A moyen terme, les branches axées sur l'exportation et la technologie caracolent en tête
A l'aide de leur propre modèle chances/risques, les économistes du Credit Suisse ont examiné les perspectives des branches pour les trois à cinq années à venir. Ils ont ce faisant pris pour base les facteurs structurels de l'offre ainsi que les tendances à long terme de la demande, dont l'évolution est en grande partie décorrélée des influences conjoncturelles. L'évaluation à moyen terme qui en résulte classe les différentes branches par ordre décroissant selon leur profil de chances/risques (voir graphique). L'industrie chimique et pharmaceutique, la technique médicale, les instruments de mesure et l'industrie horlogère figurent en tête de liste. Grâce à leur leadership technologique, ces branches sont particulièrement compétitives au plan international. Viennent ensuite le secteur de la santé ainsi que les fournisseurs de services aux entreprises et les prestataires financiers. Les premiers recensent une demande en constante augmentation, ceci entre autres en raison du vieillissement de la population. Les derniers profitent de la division croissante du travail dans les branches industrielles et tertiaires. En dépit de la crise financière et de la poursuite des discussions au sujet du secret bancaire, la place financière suisse reste bien positionnée au niveau international et elle est parée pour l’avenir.
Les branches structurellement faible au bas de la liste
Tout en bas de la liste, on trouve principalement des branches en proie à des problèmes structurels côté offre. En font partie l'industrie du papier, l'impression et l'édition, l'industrie textile et de l'habillement, l'hôtellerie-restauration et l'agriculture. Ces branches connaîtront une évolution inférieure à la moyenne des branches et seront contraintes de s'adapter en permanence.
L'évaluation des chances et des risques à moyen terme repose sur un modèle d'évaluation développé par le Credit Suisse sur la base de 24 indicateurs de statistiques suisses officielles et de ses propres prévisions. L'évaluation des branches est représentée sur une échelle allant de -10 à +10. Une branche qui se situe en haut de l’échelle connaîtra un développement économique plus durable qu’une branche placée en bas.
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Source : Credit Suisse, communiqué de presse